Le défi du développement du biocarburant à Madagascar

L’utilisation des énergies fossiles a des impacts environnementaux et économiques négatifs. Il est temps de passer à l’énergie verte, dont le biocarburant.

 

Le développement des énergies alternatives est incontournable pour Madagascar afin de réduire les impacts du changement climatique, de la hausse du prix des produits pétroliers et de l’augmentation de leur consommation. Tous les acteurs du pays doivent être conscients du danger et des impacts négatifs qui nous attendent si le pays continue à satisfaire ses besoins énergétiques pour le secteur du transport et la production d’électricité par la seule importation d’hydrocarbures. En effet, l’importation de Madagascar en produits pétroliers avoisine les 800 000TM par an avec une croissance de 3% depuis 2014% (statistiques OMH). Les conséquences de cette politique d’importation et d’utilisation de produits fossiles amplifient également les impacts du déboisement, de destruction des ressources naturelles et de l’environnement. Elles ne sont pas sans lien avec la catastrophe écologique que nous vivons aujourd’hui (assèchement des rivières, etc.).

Pour un grand nombre d’observateurs,  le développement d’une filière de production de biocarburant à Madagascar constitue une alternative fiable pour réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles. Néanmoins, ils pensent que le pays doit bien se préparer sur plusieurs niveaux.

Les utilisateurs doivent adopter une attitude responsable dans leurs mode et habitudes de consommation. Des spécialistes de l’éducation pensent qu’il faut commencer avec les enfants et les jeunes pour qu’ils prennent conscience de l’enjeu, de l’importance de produire et d’utiliser de l’énergie verte. Le GRE a entrepris en 2016 des actions de sensibilisation dans ce sens auprès de jeunes de lycées. Selon les animateurs du GRE, les jeunes se sont montrés très intéressés par le sujet.

« Nous sommes très attentifs aux problématiques de l’environnement, de l’énergie, » a par exemple déclaré Tiana, une jeune lycéenne de 15 ans, durant l’une des manifestations. « L’utilisation de gasoil et d’essence contribue fortement à la pollution de l’atmosphère. Notre professeur nous incite à effectuer des recherches d’information sur les alternatives aux carburants fossiles. Nous avons trouvé dans le biocarburant un produit d’avenir et des opportunités de créer notre propre entreprise d’autant plus que Madagascar dispose de vastes terrains pour la culture de plantes telles que le jatropha, la canne à sucre ainsi que d’autres sources de biomasse.

Le responsable d’une auto-école suggère aussi d’intégrer dans les cours une conscientisation des conducteurs et futurs automobilistes sur l’enjeu de l’économie d’énergie. Les centres de formation professionnelle en mécanique auto devront aussi former les apprentis en matière d’efficacité énergétique.

 

Volonté politique

Un représentant des concessionnaires et les importateurs de voitures est également d’avis que Madagascar doit prendre des mesures pour s’orienter vers l’utilisation de biocarburant et il faut commencer dès maintenant car cela implique d’importants chantiers à traiter notamment sur le plan de la réglementation, par exemple sur les caractéristiques techniques des voitures à importer, les spécificités des carburants à utiliser. Ces mesures et changements ne pourront pas sortir rapidement et demanderont des mois, voire des années de réflexion, de concertation. Ce qui compte avant tout, selon ces professionnels, c’est la volonté politique de l’Etat qui doit donner une orientation claire avec des objectifs mesurables afin que le secteur privé puisse se positionner et agir.

Pour le secteur électricité, un professionnel confirme cette nécessité de voir la volonté politique de l’Etat. En effet, Madagascar s’est dotée d’une nouvelle politique de l’énergie qui préconise également la promotion des énergies renouvelables. Pour ce secteur, cela implique de ne plus privilégier la mise en place des centrales thermiques fonctionnant au gasoil et à l’huile lourde pour produire de l’électricité. Mais les statistiques montrent que le marché de l’importation de groupes électrogènes à Madagascar a doublé en 2015, passant de 30 milliards Ar en  2014 à 60 milliards Ar en 2015.

Il y a une dizaine d’années, Madagascar a intéressé de nombreux investisseurs dans le secteur de biocarburant. Les premières expériences d’investissement de ces années ont globalement montré les avantages pour le pays, et particulièrement dans les zones d’intervention des projets en matière de création d’emploi, de génération de revenus et de développement local.

Malheureusement, ces promoteurs ont rencontré diverses contraintes qui ont ralenti ou arrêté ces projets. Hormis l’instabilité politique que le pays a traversée, la question liée à la sécurisation des investissements et au manque de visibilité relative à la politique de Madagascar sur le secteur constituent les principaux freins pour le secteur privé selon un promoteur de projet qui a investi dans la culture de jatropha dans le nord du pays. Il estime que pour transformer le potentiel de Madagascar, le Gouvernement doit mettre en place des incitations et un cadre réglementaire clair pour le secteur.

Selon plusieurs responsables dans les différents ministères impliqués, le pays doit se fixer des objectifs en ce qui concerne le niveau de production à atteindre et la surface à réserver pour ce faire. Il s’agit aussi de clarifier son modèle en matière de système de production de biocarburant tels que le système régie ou le système paysannat et de contractualisation agricole, ainsi que les types de plantes appropriées. Une politique d’aménagement de territoire claire sera alors nécessaire pour une affectation rationnelle des ressources foncières afin d’éviter la compétition avec les cultures alimentaires et vivrières.

Selon un chercheur, les spécialistes préconisent les plantes telles que le jatropha, le miscanthus, le switchgrass qui ont l’avantage d’être des plantes non comestibles donc permettant une meilleure dissociation des cultures alimentaires et énergétiques.

La recherche pour le développement de biocarburant de la deuxième et des troisièmes générations constitue également un axe à considérer selon un universitaire. Madagascar dispose en effet d’un potentiel important en biomasse ligno-cellulosique qui pourra être valorisée en biocarburant. Il faut profiter de ces opportunités pour valoriser les déchets verts (résidus agricoles, déchets de bois) car ils ont un meilleur bilan environnemental. Ce chercheur incite ainsi le transfert de technologie à travers les échanges et l’attraction des investisseurs.

Un opérateur local rétorque néanmoins qu’il ne faut pas systématiquement attendre les investisseurs étrangers. Nous pouvons élaborer des projets d’investissements adaptés à notre capacité dans le secteur biocarburant. Selon cet opérateur qui connait bien le potentiel de production en graines de jatropha à Madagascar, il est possible d’installer une unité semi-industrielle pour produire de l’huile de jatropha convertie en biodiesel à Ambatondrazaka qui alimenterait les motoculteurs dans les champs. On peut faire de même dans le sud pour alimenter les groupes pour pomper l’eau ou produire l’électricité. Un autre opérateur dans la production d’éthanol domestique de confirmer aussi que plusieurs projets sont déjà prêts, les acteurs dans la chaine de production et de distribution sont déjà en place. Il ne reste plus que le « top » de l’Etat et sa volonté de lancer officiellement le secteur biocarburant.

 

 

Page réalisée en collaboration avec le GRE.

Contact : leonie.ranarison@giz.de

Facebook : https://www.facebook.com/Groupe-de-Réflexion-sur-lEnergie-GRE


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