Les agrocarburants, une opportunité à saisir

Jusqu’à maintenant, Madagascar importe la totalité de ses besoins en produits pétroliers. Selon les statistiques disponibles sur le site web de l’Office Malgache des Hydrocarbures (OMH), l’importation en hydrocarbures a atteint 680 000 TM en 2013. Un volume qui est consommés en grande partie par le secteur du transport et par le secteur de l’électricité, pour faire fonctionner les centrales thermiques. Les industries complètent la liste des  utilisateurs.

 

Madagascar dispose d’importantes potentialités pour la production d’agrocarburants, que ce soit de l’agrodiesel ou de  l’agroéthanol. Une étude réalisée par la Plateforme des Agrocarburants Durables (PAD) et le WWF en 2011 a montré qu’une surface d’un million d’hectares suffirait pour accueillir des  cultures à vocation énergétique, sans compromettre la production alimentaire, sur les 16 millions d’hectares de terrains exploitables en dehors des terrains occupés actuellement.

 

Interrogé sur la question, un consommateur déclare : « Nous avons entendu parler des projets d’investissement dans les agrocarburants à Madagascar depuis une dizaine d’années. Des investisseurs sont venus mais sont partis après quelques années, sans rien de concret. Tout le monde se demande pourquoi ? »

Selon l’un des investisseurs dans ce secteur, membre de la PAD, « Nous croyons beaucoup en l’avenir des agrocarburants à Madagascar. Nos projets restent malheureusement en suspens car le pays ne dispose pas encore de stratégie claire pour ce secteur. Cette situation ne rassure pas les investisseurs alors que ces derniers sont prêts et ont même déjà contribué en matière de développement. » En effet, ces investisseurs participent à divers projets de développement dans leurs localités d’intervention dans le domaine de l’éducation, de la santé, la promotion des jeunes et l’appui aux groupes vulnérables. Ils viennent donc en appui et en complément des actions de l’Etat dans les secteurs sociaux.

 

Le pays perd ainsi beaucoup d’opportunités en termes de création d’emploi et de valeur ajoutée. Madagascar aurait en plus pu faire une économie substantielle de devises. N’oublions pas que nous dépensons des centaines de millions de dollars par an pour importer les produits pétroliers. En 2013, toujours d’après l’OMH, cette importation atteignait une valeur totale de 669 millions USD.

 

Même les paysans qui se sont vu proposer des projets de partenariat avec les investisseurs regrettent que ces projets soient tombés à l’eau. « A travers ces contrats de culture de jatropha, nous aurions pu disposer de revenus complémentaires » déplore Ranaivo, un producteur basé à Amparafaravola.  « En 2008, nous avons vu de nos yeux une démonstration sur l’utilisation de l’huile de jatropha dans les motoculteurs à Amparafaravola. Cela nous a donné beaucoup d’espoir, car ceci nous a ouvert des possibilités pour renforcer la mécanisation agricole et augmenter la productivité et la production de riz » poursuit-il.

 

Le secteur Electricité pourrait aussi bénéficier de la production locale d’agrodiesel. Les petites centrales thermiques isolées peuvent être alimentées par une courte chaine de production d’agrodiesel. Tovondriaka, un autre paysan installé à Beloha dans le Sud de l’Androy, déclare à ce propos : « Nous avons un important peuplement naturel de Jatropha mahafaliensis que nous pourrions valoriser s’il y avait un marché. Une évaluation rapide a permis de constater que la production d’agrodiesel à partir de cette plante sera suffisante pour alimenter en carburant la centrale thermique de cette localité. La valeur ajoutée resterait ainsi sur place, et des emplois seront créés.  Au lieu de cela, nous importons du gasoil de l’orient qui arrive à Toamasina et doit parcourir des milliers de kilomètres pour arriver dans le sud. ».

 

Les paysans producteurs de canne à sucre rejoignent également ce point de vue. « Nous sommes prêts à investir dans la culture de la canne à sucre et à la livrer aux transformateurs dans l’agro éthanol. Nous avons été sensibilisés depuis au moins 5ans maintenant et attendons la suite », déclare Rakotoson, un producteur résidant à Brickaville.

 

Les investisseurs dans la chaine de transformation et de distribution se demandent aussi pourquoi l’Etat n’avance pas pour autoriser la commercialisation de l’éthanol domestique. Les usines sont prêtes à être installées, la réglementation sur l’éthanol domestique est déjà en vigueur, et les foyers à éthanol sont disponibles. Cette filière pourrait contribuer à protéger l’environnement, notamment la déforestation due à l’utilisation de bois énergie.

 

En matière de technologies, elles sont également disponibles et les compétences existent à Madagascar. D’après un universitaire qui prépare son doctorat sur le sujet, les unités de production d’éthanol peuvent être fabriquées dans le pays. Les chercheurs nationaux ont pu mettre au point des procédés pour traiter l’huile brute de jatropha afin de l’utiliser dans les moteurs diesel.

 

Rasoa, femme au foyer à Ambositra, faisait partie des ménages qui ont déjà testé l’utilisation d’éthanol domestique pour la cuisson, regrette que cette expérience ne se soit pas poursuivie : « J’ai trouvé beaucoup d’avantages dans l’utilisation de  l’éthanol domestique. »  dit-elle. « Ma cuisine est propre, il n’y a pas cette fumée noire qui non seulement pollue la maison mais affecte aussi notre santé. » Une étude en effet montré que la fumée dégagée par le bois de chauffe constitue une importante cause de maladies respiratoires grave, avec un taux de mortalité élevé.

 

« Il ne faut pas perdre ces investisseurs qui s’intéressent à Madagascar car il y a beaucoup d’opportunités. » avance un cadre d’un ministère. « Ils sont prêts à investir ». Le pays doit continuer à mettre en place un cadre incitatif et favorable aux investissements. La promotion du Partenariat Public Privé (PPP) constitue une voie à suivre étant donné que l’Etat n’a pas suffisamment de moyens. Nous avons maintenant un outil législatif pour cela avec la loi sur le PPP pour compléter les dispositifs juridiques et institutionnels actuels. Néanmoins, l’Etat doit non seulement montrer sa volonté mais aussi clarifier sa stratégie et les objectifs à atteindre dans les négociations avec les investisseurs de manière à ce qu’un partenariat gagnant-gagnant soit établi. Cela veut dire d’une part que les investisseurs sont sécurisés dans leurs activités et que leur activité est rentable. D’autre part, Madagascar bénéficie durablement de ces investissements sur le plan économique (emploi, devises, …), social (partage équitable des richesses, santé, éducation), et environnemental (préservation des ressources). L’enjeu est tellement important que tout le monde doit pouvoir se prononcer sur ce sujet. La concertation et la coordination des actions entre les différents ministères  (énergie, environnement, agriculture, aménagement du territoire, finances, commerce, industrie) sont nécessaires, tout en intégrant dans le processus le secteur privé, les organisations des producteurs ruraux, et la société civile, ceci afin que la transparence et la bonne gouvernance constituent une garantie pour asseoir la confiance et motiver les acteurs.

 

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que le développement de ce secteur contribuera également aux efforts d’atténuation des impacts du changement climatique, grâce à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Madagascar cherche en effet à atteindre 14% de réduction du GES depuis le COP21.

 

En un mot, le temps est à l’action et non plus aux beaux discours en matière d’agrocarburants. Que chacun prenne ses responsabilités !

 

Page réalisée en collaboration avec le GRE.

Contact : leonie.ranarison@giz.de

Facebook : https://www.facebook.com/Groupe-de-Réflexion-sur-lEnergie-GRE


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