Mieux gérer le bois énergie pour sauver nos forets

Le bois énergie est vital, pour la majorité des Malgaches qui l’utilisent au quotidien. Dans  les campagnes, le bois de chauffe est le combustible le plus courant, tandis que les villes et leurs zones périphériques  sont plus habituées au charbon de bois qui reste le moins cher sur le marché. Ainsi, le bois énergie, le charbon de bois en particulier, est devenu un produit de première nécessité pour les ménages qui ne peuvent pas le remplacer par d’autres sources d’énergie comme le gaz, le pétrole ou l’électricité. C’est une ressource vitale qui demande une gestion rationnelle afin de sauver les forêts de Madagascar.

La production de charbon décime les forêts

La demande en charbon augmente avec le nombre de population. D’ici 2050, cette demande triplera donc, alors que les ressources en bois auront diminué. Sans mesure concrète, plus de 90% des ménages malgaches traverseront une grave pénurie d’approvisionnement en bois énergie, principalement en charbon de bois. On estime que conséquences sociales, économiques et politiques d’une telle situation seraient plus graves comparées aux impacts du délestage vécu par les 13% des ménages malgaches ayant accès à l’électricité.

A Madagascar, le charbon de bois provient de trois ressources principales : les forêts naturelles, les plantations industrielles et les plantations paysannes. 80% des plantations se trouvent  dans les hautes terres centrales, sur une superficie d’environ 140 000 ha. La plupart des zones côtières de l’Ouest comme Mahajanga, Morondava et Toliara utilisent les forêts naturelles pour s’approvisionner en bois énergie. Or selon l’Office National de l’Environnement, c’est au cœur des forêts sèches de l’Ouest de Madagascar qu’ont été enregistrés  les taux de déforestation. En effet, de 2005 à 2010, entre 0,9% et 0,8% de forêts ont été perdus par an dans le Boeny et l’Atsimo Andrefana.

Antananarivo, grand consommateur de charbon de bois

Antananarivo est l’un des plus grands consommateurs de charbon de bois dont  96% des stocks proviennent des forêts de plantation artificielle, et 82% sont des Eucalyptus. Ces plantations déjà anciennes font face aux pressions de la demande exorbitante en charbon de bois. Aussi pour assurer l’approvisionnement, les exploitants réduisent le cycle de coupe: 70% des exploitations adoptent un cycle de coupe de 3 à 5 ans et 12% à peine appliquent un cycle de moins de trois ans.  A cause de ces cycles de plus en plus courts, les plantes rabougrissent. La majorité des producteurs se soucient peu de la durabilité de la filière.

La demande en charbon de bois est si importante que la chaine d’approvisionnement de la seule ville d’Antananarivo couvre non seulement la région Analamanga mais aussi Moramanga, Antsirabe, Ambohimahasoa. La quantité de charbon augmente significativement en  période pluvieuse. Rakotobe, un collecteur rencontré à Ambohimahasoa explique : « En janvier dernier, j’approvisionnais  le marché d’Antananarivo en charbon de bois avec un camion chargé de 400 sacs par semaine si cela se faisait toutes les deux semaines ordinairement ».

D’autres régions où les ressources sont quasi inexistantes comme dans l’Itasy approvisionnent aussi la capitale en saison de pluie car le prix du charbon y est plus attractif. Cette situation accentue le risque de pénurie dans ces zones de production.

Si la quantité d’approvisionnement varie selon les saisons, le prix du charbon connait aussi une certaine fluctuation.  Rasoamalala, une  mère de famille originaire d’Antananarivo souligne : « Les dépenses en charbon sont assez importantes dans notre budget familial. Je n’ai pas les moyens d’acheter des sacs de charbon, aussi je suis obligée d’acheter le charbon tous les jours et au détail ».  70% des ménages sont dans cette même situation. Néanmoins, comparé aux autres sources d’énergies de cuisson, le bois énergie est le moins cher : le kilo du charbon de bois est de 500Ar, aussi les consommateurs préfèrent  acheter en petits lots auprès du détaillant.

Souvent, le charbon de bois est de mauvaise qualité. Rasoamalala explique : « Un bon sac de charbon ne doit pas contenir de poudre ». Une opinion qu’elle partage avec 46% des ménages consommateurs. 80% d’entre eux pensent que le charbon de qualité provient du bois d’Eucalyptus et plus précisément à partir de la souche et du tronc de l’arbre pour 85% des consommateurs, de gros calibre ou mixte (60%). Le charbon de souche est réputé être facile à allumer et le charbon du tronc dure à l’emploi.

Une initiative réaliste : une politique énergétique engageante

La situation du bois énergie est critique, tant au niveau local que national. Madagascar dispose désormais d’une Nouvelle Politique sur l’Energie (NPE), sous le lead du Ministère en charge de l’Energie et qui a été finalisée en juillet 2015 suite à diverses concertations. Le Groupe de Réflexion Energie (GRE) a, entre autres, contribué de manière significative au développement de cette politique.

La partie Biomasse/Bois Energie y est correctement considérée et à titre d’exemple, la NPE cite, en ce qui concerne l’utilisation et la transformation du Bois Energie : « …l’objectif serait un taux de pénétration final des foyers modernes des ménages à 70% en 2030, et l’application de techniques de transformation performantes à 100% de meules de carbonisation avec un rendement supérieur à 20% issus de ressources forestières licites et durable… ».  Les réflexions du GRE préconisent aussi la nécessité de mettre en œuvre une exploitation durable des ressources, pour qu’en 2050, 80% des bois énergie consommés proviennent de ressources ligneuses durables.

De la NPE se décline en une Stratégie Nationale d’Approvisionnement en Bois Energie qui est en cours de finalisation. Cette stratégie sera un outil de gestion de la filière bois énergie au niveau national. Elle prend en compte les spécificités locales en matière d’écologie et de ressources forestières,  mais également, les réalités socio-économiques régionales. Cette stratégie reprend l’état des lieux de l’approvisionnement en bois énergie à Madagascar et les recommandations stratégiques pour un approvisionnement durable en Bois Energie. Elle a fait  l’objet de consultations en mars 2016 et sera officiellement publiée  par le Ministère de l’Energie.

Le secteur bois énergie est interdépendant avec les autres secteurs tels que la forêt, l’environnement, l’eau, le commerce, le foncier, la fiscalité,  la décentralisation, l’infrastructure routière.  Ainsi, le GRE incite tous les acteurs vers un réflexe d’intégration et une démarche de concertation. L’objectif est d’aboutir à un système d’approvisionnement en bois énergie en  quantité et en qualité satisfaisantes et à un prix correct,  un système d’exploitation durable des ressources et un système de production rentable, équitable qui permet aux exploitants d’exercer leurs activités dans un cadre formel.

Une alternative économe : les « fatana mitsitsy » dans les cuisines

Une famille qui utilise un fatana mitsitsy contribue à réduire sensiblement l’exploitation des formations forestière. En effet, un foyer économe peut réduire jusqu’à  50% les besoins en combustible ligneux et coutent aussi moins chers dans le budget familial.

Raveloarisoa Marie Feline, 51 ans, mariée et mère de quatre enfants et habitant dans le quartier d’Ambatoroka, 51 ans, mariée et 4 enfants à charge, confie : « Auparavant, nous avions besoin de huit pots (récipient pour la vente en détail) de charbon par jour, quand nous utilisions encore le foyer classique. Aujourd’hui, nous utilisons un fatana mitsitsy et nous n’avons plus de besoin que de cinq pots de charbon pour la cuisine de tous les jours ». Raveloarisoa dispose de deux modèles de foyer classique : l’un de forme conique, acquis il y a trois mois et l’autre, cylindrique, acheté il y a plus d’un an. Ce ménage a utilisé le fatana mitsitsy depuis presque 15 ans et  le renouvelle, à chaque cassure. Dans la cuisine de Raveloarisoa, un fatana mitsitsy dure environ de 1,5 – 2 ans. Il peut s’abimer plus rapidement : mauvaise manipulation, détérioration due à l’eau versée sur le foyer pour  éteindre les braises,  la casse de charbon à l’intérieur du foyer, le débordement de l’eau de cuisson, le déplacement fréquent du foyer. Outre la réduction de charbon de bois utilisée et en conséquence l’épargne y afférente, le fatana mitsitsy conserve la chaleur plus longtemps. Une particularité qui permet d’autre utilisation, garder les plats au chaud et surtout l’eau chaude pour divers besoins.

Pour Raveloarisoa, « l’utilisation du fatana mitsitsy ne présente pas beaucoup d’inconvénient, sauf le poids et l’attention qu’il faut prêter lors du déplacement ». Elle achète son fatana mitsitsy auprès de vendeurs ambulants dans son quartier au prix de 2.500 Ar.

« Je conseille  d’utiliser le fatanamitsitsy car il permet de réduire la quantité de charbon utilisé. Moins de charbon, moins de dépenses, ce qui n’est pas négligeable, vu le prix qui n’arrête pas de grimper, particulièrement lors de la saison de pluie. J’apprécie aussi de pouvoir contribuer à mon modeste niveau à réduire la déforestation, en utilisant les fatana mitsitsy.   Pour moi, il est temps d’oublier les foyers métalliques qui sont des grands consommateurs de charbon ».

Le message est passé, du moins dans son voisinage, où le foyer économe est présent dans presque toutes les cuisines : un exemple à suivre.

 

 

 

Page réalisée en collaboration avec le GRE.

Contact : leonie.ranarison@giz.de

Facebook : https://www.facebook.com/Groupe-de-Réflexion-sur-lEnergie-GRE


Lire davantage